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Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. Lundi 25 janvier 2010 s'ouvre le dixième forum social mondial à Porto Alegre. Que reste-t-il de l'altermondadialisme ?
Marianne 2. Janvier 2010.
Ambito : Social Economy
 Le forum social mondial s'ouvre à Porto Alegre aujourd'hui. C'est le dixième forum social de ce nom, qui revient au berceau, dans la ville d'acceuil d'origine, Porto Alegre ou Luiz Ignacio da Silva dit « Lula », avait acceuilli les participants il y a dix ans. Qui imaginait alors que Lula deviendrait le président du Brésil, et que son pays connaîtrait une réussite aussi extraordinaire, sous son double mandat ? Lula, d'une fratrie de huit enfants, fils de docker, lui-même ouvrier métallo. Syndicaliste, batailleur, d'inspiration trotstkiste à ses débuts, il a fait quelques petits séjours en prison. Il s'est présenté quatre fois aux présidentielles, c'est dire sa ténacité, et la quatrième a été la bonne. Il s'est révélé extrêment pragmatique, et comme son premier ministre de l'économie, Antonio Palocci, ancien trotskiste, s'est converti à l'économie de marché. Il s'est donc éloigné des altermondialites, mais les altermondialistes lui doivent beaucoup, notamment la « démocratie participative », notion qui a été reprise à droite comme à gauche.
Alors que reste-t-il des forums sociaux, qui furent rassemblements aussi peu sectaires que possibles et très ouverts ? Trois choses je crois : 1) Une très grosse réflexion sur l'économie financière, qui a mobilisé beaucoup de chercheurs et de praticiens de la sphère financière, réflexion qui fut à l'origine de l'association Attac en France, qui, rappelons-le, avait coorganisé le premier forum social mondial, en réponse précisément au forum de Davos qui se tient la semaine prochaine, du 27 au 31. La taxe Tobin, cette taxe sur les transactions financières a été véritablement popularisée lors des forum sociaux. Et désormais, la notion de taxe Tobin est acceptée par beaucoup.
2) L'idée de commerce équitable, pour tous les secteurs, pas seulement pour le café ! idée qui vient battre en brèche l'idée de concurrence, de compétition ou de loi de la jungle, chère aux libéraux. Le commerce équitable respecte l'environnement et la vie des commerçants. En ce sens, le salaire doit être un « juste salaire » ; c'est assez proche de la notion de « juste prix » chère aux chrétiens. Toujours dans le même sens, l'idée que le commerce doit être soumis à des impératifs éthiques : la survie des plus faibles, l'accès à l'eau pour tous par exemple.
3) L'idée qu'il y a un tiers secteur efficace, très actif, entre les Etats et les forces du marché, le tiers secteurs des associations et des ONG qui agissent local. Certes, au Forum social, on pense global, mais ce n'est que 10% du travail : le diagnostic est fait, on a compris que la planète ne survivrait pas à la démesure et au capitalisme débridé, qu'il fallait remettre le diable dans sa boîte, le diable étant l'argent et la finance qui doivent être soumis, totalement soumis aux activités humaines, c'est-à-dire qu'il fallait plus qu'une régulation, une collectivisation de l'argent qui, comme écrivait Luc Ferry, et oui, Luc Ferry ! est un bien public. Ce tiers secteurs fonctionne sur l'idée de coopération et non plus sur la compétition. C'est aussi un secteur foisonnant, porteur d'inventions, et en ce sens, un secteur d'entrepreneurs... |